Pièce d'un logement ancien en cours de rénovation : papiers peints décollés, plancher ouvert, portes à panneaux

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Expert-comptable du marchand de biens : acheter, porter, revendre

Le marchand de biens achète pour revendre. Son résultat se joue sur un petit nombre d'opérations, chacune avec son prix d'acquisition, ses droits réduits sous condition, ses travaux, son crédit de portage et son régime de TVA à la revente. Une erreur de qualification ou un délai dépassé suffit à absorber la marge d'une opération. La comptabilité doit donc suivre chaque bien, de l'acte d'achat à l'acte de vente.

Exemple pédagogique

Bilan d'une opération de marchand de biens

Hypothèse : appartement achevé depuis plus de cinq ans, acheté sous engagement de revendre à un particulier qui l'avait acquis sans TVA ; rénové sans être rendu neuf ; revendu à un particulier. Faute de TVA grevant l'acquisition ou incorporée dans son prix, la marge est exclue (CE, 12 mai 2022, n° 416727) : restent l'exonération (CGI, art. 261, 5-2°) ou l'option pour la TVA sur le prix total (art. 260, 5° bis). Sans option, la TVA sur travaux et frais n'est pas déductible : ils figurent TVA comprise, au taux de 20 %.

Prix d'acquisition300 000 €
Droits et taxes d'enregistrementMontant illustratif, sous engagement de revendre (CGI, art. 1115)2 500 €
Émoluments et frais liés à l'acquisition, TVA comprise3 500 € hors TVA + 700 € de TVA non déductible4 200 €
Travaux de rénovation, TVA comprise80 000 € hors TVA + 16 000 € de TVA non déductible96 000 €
Prix de revente, exonéré de TVA480 000 €
Marge brute480 000 € − (300 000 € + 2 500 € + 4 200 € + 96 000 €)77 300 €
Frais financiers de portage15 000 €
Frais de commercialisation, TVA comprise10 000 € hors TVA + 2 000 € de TVA non déductible12 000 €
Marge nette avant impôt77 300 € − 15 000 € − 12 000 €, avant impôt sur les bénéfices et frais de structure50 300 €
Pour comparaison : avec option pour la TVA sur le prix total480 000 € dont 80 000 € de TVA (× 20/120) ; 400 000 € − 386 000 € de coûts hors TVA − 15 000 € − 10 000 €− 11 000 €

Exemple pédagogique : les montants sont illustratifs et ne correspondent à aucun dossier réel. Le régime de TVA, le montant des droits et des frais dépendent du bien, de l'acte et de la date de l'opération ; chaque opération se qualifie et se chiffre séparément.

Photo d'illustration — Nolan Issac / Unsplash

Une opération immobilière, du compromis au bilan

  1. Acquisition

    Qualification, droits de mutation, engagement de revendre

  2. Portage

    Financement, frais financiers, trésorerie

  3. Travaux

    Coût de revient, TVA, immeuble neuf ou non

  4. Commercialisation

    Régime de TVA de la revente, lots, avancement

  5. Bilan

    Marge nette, impôt, remontée aux associés

Vos enjeux

Les enjeux comptables et fiscaux du marchand de biens

  1. Être marchand de biens sans le savoir

    La qualification tient aux faits : des achats habituels, réalisés avec l'intention de revendre. Un particulier ou une société civile peut être requalifié, avec à la clé une imposition dans les bénéfices commerciaux — et, pour la société civile, l'impôt sur les sociétés.

  2. Un délai de revente qui court

    L'engagement de revendre allège fortement les droits d'acquisition, à condition de revendre dans le délai légal. À l'échéance, les droits dont vous avez été dispensé redeviennent exigibles pour la part non revendue, avec l'intérêt de retard.

  3. TVA à la revente : trois régimes possibles

    TVA sur le prix total, TVA sur la marge ou exonération, avec ou sans option : tout dépend du bien acquis, de son ancienneté, des travaux et de sa désignation dans l'acte. La TVA sur les travaux n'est récupérable que si la revente est taxée.

  4. Le bien est un stock

    Il ne s'amortit pas. Son coût d'entrée, les frais qui s'y rattachent, les frais financiers et une éventuelle dépréciation déterminent le résultat de chaque exercice tant que le bien n'est pas revendu.

Fenêtre ancienne encadrée de volets en bois ouverts sur un mur d'enduit patiné

Photo d'illustration — Jens Peter Olesen / Unsplash

Par l'expert-comptable

Ce qu'un marchand de biens doit savoir avant d'acheter

Marchand de biens : une qualification de fait, pas un statut qu'on déclare

Le code général des impôts range dans les bénéfices industriels et commerciaux les profits des personnes qui, habituellement, achètent en leur nom des immeubles, des fonds de commerce ou des parts de sociétés immobilières en vue de les revendre. Deux conditions, donc : l'habitude et l'intention spéculative. Cette intention s'apprécie au moment de l'achat, pas à celui de la revente, et l'administration ne la présume plus du seul caractère habituel des opérations depuis le 4 janvier 2017.

Le risque concerne aussi ceux qui ne se déclarent pas marchands de biens. Un particulier qui enchaîne achats et reventes peut voir ses profits imposés dans les bénéfices commerciaux. Une société civile qui se livre à ces opérations devient, en principe, passible de l'impôt sur les sociétés. Durée de détention, travaux, financement court, absence de location : ce faisceau d'indices se regarde avant la deuxième opération, pas pendant un contrôle.

L'engagement de revendre : droits réduits, délai, déchéance

L'acquéreur assujetti à la TVA qui prend, dans l'acte, l'engagement de revendre dans un délai de cinq ans est exonéré des droits et taxes de mutation ; seule reste due, pour un immeuble, une taxe de publicité foncière à taux réduit. Le délai est ramené à deux ans pour les ventes par lots qui déclenchent le droit de préemption des locataires.

Si le bien n'est pas revendu à l'échéance, les droits dont l'acquéreur a été dispensé deviennent exigibles, liquidés au tarif du jour de l'acquisition, avec l'intérêt de retard décompté à partir du premier jour du mois suivant l'expiration du délai. En cas de revente partielle, les droits sont dus à hauteur de la différence entre le prix d'acquisition et le prix des fractions revendues. Avant l'échéance, l'engagement de revendre peut être remplacé par un engagement d'effectuer, dans un délai de quatre ans, des travaux conduisant à la production d'un immeuble neuf.

  • Ne valent pas revente : la donation, l'apport pur et simple, la fusion par absorption
  • Un apport à titre onéreux reste assimilé à une vente

Le bien en stock : coût d'entrée, frais financiers, dépréciation

Acheté pour être revendu, le bien est inscrit en stock et non en immobilisation : il ne s'amortit pas. Son coût d'entrée comprend le prix et les frais qui s'y rattachent ; le traitement des frais d'acquisition et des frais financiers de portage obéit à des règles précises, qui se fixent dès la première opération et s'appliquent ensuite avec constance. À la clôture, un bien dont la valeur de réalisation est inférieure à son coût se déprécie.

La mise en location durable d'un bien en stock est le point sensible. Elle peut faire douter de l'intention de revendre et conduire à traiter le bien comme un élément de patrimoine, avec des conséquences sur le traitement comptable, sur la TVA et sur le régime de l'engagement de revendre. Une location d'attente se documente, et se décide après en avoir mesuré les effets.

TVA à la revente : prix total, marge ou exonération

La revente d'un immeuble achevé depuis plus de cinq ans par un assujetti est exonérée, sauf option pour la taxation exprimée dans l'acte. Un terrain à bâtir ou un immeuble neuf — y compris un immeuble rendu neuf par des travaux importants sur les fondations, la structure, les façades ou le second œuvre — est taxable. La TVA porte alors sur le prix total ou, pour un terrain à bâtir ou un immeuble ancien avec option, sur la marge si ses conditions sont réunies.

Elles sont strictes. Le bien doit être revendu avec la même qualification qu'à l'achat : le Conseil d'État a exclu la marge, le 2 avril 2024, pour des terrains à bâtir détachés d'une propriété acquise bâtie. Depuis l'arrêt Icade Promotion, repris par le Conseil d'État le 12 mai 2022, l'acquisition doit aussi avoir supporté une TVA non déductible, ou son prix en incorporer une. Un bien acheté à un particulier qui l'avait acquis sans TVA n'y ouvre pas droit. La doctrine administrative, non mise à jour, reste plus large : cet écart s'analyse avant l'acte, pas après.

Nom propre ou société, et ce qu'attendent la banque et le notaire

En nom propre, le bénéfice du marchand de biens est imposé à l'impôt sur le revenu dans les bénéfices industriels et commerciaux et sert d'assiette aux cotisations sociales du travailleur indépendant. En société à l'impôt sur les sociétés, la marge est imposée dans la société, puis distribuée ou réinvestie. Beaucoup de professionnels logent chaque opération dans une société distincte, détenue par une holding.

La banque attend un bilan d'opération crédible, un apport, un calendrier de revente et, souvent, des cautions. Le notaire a besoin de connaître à l'avance l'engagement à porter dans l'acte, l'option éventuelle pour la TVA et la ventilation du prix. Ces éléments se préparent ensemble, avant le compromis.

L'accompagnement ADVY

Ce que fait le cabinet pour un marchand de biens

Bilan d'opération avant signature

Prix de revient, droits sous engagement de revendre, TVA due selon le régime applicable, frais de portage et marge nette avant impôt, sur vos hypothèses.

Comptabilité et stock

Suivi du stock bien par bien, affectation des dépenses à chaque opération, échéancier des engagements de revendre, comptes annuels et liasse fiscale.

TVA des acquisitions et des reventes

Qualification de chaque bien, calcul de la TVA sur la marge ou sur le prix, déductions sur travaux, points à signaler au notaire avant l'acte.

Structure et dossier bancaire

Comparaison chiffrée entre nom propre, société et société par opération ; plan de trésorerie de l'opération et présentation du dossier à la banque.

  • Expert-comptable diplômé (D.E.C.)
  • Société inscrite au tableau de l'Ordre des experts-comptables
  • Un interlocuteur unique
  • Tenu au secret professionnel
  • À Montpellier et à distance

À Montpellier et partout en France

Le cabinet reçoit au 1350 avenue Albert Einstein, 34000 Montpellier, et travaille à distance avec des professionnels installés ailleurs en France : pièces collectées en ligne, rendez-vous en visioconférence.

Une question sur votre situation ? Parlons-en
Marches en pierre taillée le long d'un mur en blocs, partagées entre ombre et lumière

Photo d'illustration — Kier in Sight Archives / Unsplash

Questions fréquentes

Expert-comptable et marchand de biens : vos questions

Comment devenir marchand de biens ?

Fiscalement, on est marchand de biens par les faits : des achats habituels d'immeubles, de fonds de commerce ou de parts de sociétés immobilières, avec l'intention de les revendre. L'activité est commerciale : elle appelle une comptabilité d'engagement qui suit le stock, une gestion de la TVA et un choix de structure. Nom propre ou société, ce choix se fait avant la première acquisition, avec votre avocat pour les statuts.

Que se passe-t-il si je ne revends pas dans les cinq ans ?

Les droits dont vous avez été dispensé sont dus, calculés au tarif en vigueur au jour de l'acquisition, avec l'intérêt de retard à compter du premier jour du mois suivant l'expiration du délai. En cas de revente partielle, ils sont dus pour la part non revendue, appréciée à partir des prix. Avant l'échéance, un engagement de construire peut, sous conditions, se substituer à l'engagement de revendre.

Un marchand de biens peut-il appliquer la TVA sur la marge ?

Oui, sous conditions strictes. Le bien — terrain à bâtir, ou immeuble achevé depuis plus de cinq ans revendu avec option — doit être revendu avec la même qualification qu'à l'achat. Depuis l'arrêt Icade Promotion, repris par le Conseil d'État en 2022, son acquisition doit aussi avoir supporté une TVA non déductible, ou son prix en incorporer une. La TVA porte alors sur le prix de vente diminué des sommes versées pour l'acquisition, droits compris.

Une SCI peut-elle faire de l'achat-revente ?

Une société civile qui achète habituellement des immeubles pour les revendre réalise des opérations commerciales au sens fiscal : elle devient, en principe, passible de l'impôt sur les sociétés. La requalification peut aussi toucher ses associés. Une SCI patrimoniale qui revend occasionnellement un bien détenu de longue date relève d'une autre logique, traitée sur notre page consacrée à l'investissement locatif privé.

Pouvez-vous suivre un marchand de biens installé hors de Montpellier ?

Oui. Le cabinet travaille à distance : actes, factures de travaux et relevés bancaires collectés en ligne, bilans d'opération partagés, rendez-vous en visioconférence. En cas de reprise de dossier, nous informons votre précédent expert-comptable avant d'accepter la mission.

Sources

  • Profits des personnes qui achètent habituellement des immeubles en vue de les revendre CGI, art. 35, I-1°, version du 1 janvier 2017 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Habitude et intention spéculative, appréciée au moment de l'achat BOI-BIC-CHAMP-20-10-10, § 10 et § 50, version du 4 janvier 2017 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Suppression de la présomption d'intention spéculative tirée du caractère habituel ACTU-2017-00006, version du 4 janvier 2017 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Sociétés civiles réalisant des opérations de l'article 35 : passibles de l'impôt sur les sociétés CGI, art. 206, 2, version du 1 juillet 2026 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Exonération des droits de mutation sous engagement de revendre ; délai de deux ans pour les ventes par lots CGI, art. 1115, version du 12 juin 2011 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Taxe de publicité foncière réduite, déchéance, revente partielle, substitution d'un engagement de construire BOI-ENR-DMTOI-10-50, § 40 et § 110, version du 29 avril 2014 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Engagement d'effectuer dans les quatre ans des travaux conduisant à la production d'un immeuble neuf CGI, art. 1594-0 G, version du 1 janvier 2016 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Immeubles achevés depuis plus de cinq ans : exonération et option exprimée dans l'acte CGI, art. 261, 5-2° et 260, 5° bis ; BOI-TVA-IMM-10-10-10-30, § 1 et § 20, version du 12 septembre 2012 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Travaux conduisant à la production d'un immeuble neuf CGI, art. 257, I-2-2° ; BOI-TVA-IMM-10-10-10-20, § 130 et suivants, version du 29 septembre 2014 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Base d'imposition de la TVA sur la marge ; article en vigueur jusqu'au 1er janvier 2027 CGI, art. 268, version du 12 juin 2011 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Marge : identité de qualification, prix d'achat incluant les droits de mutation, calcul (diviseur 1,20 au taux de 20 %) BOI-TVA-IMM-10-20-10, § 20, § 240, § 250 et § 270, version du 13 mai 2020 (consulté le 21 septembre 2026)
  • TVA sur la marge exclue pour des terrains à bâtir issus d'une propriété acquise comme terrain bâti CE, 2 avril 2024, n° 466644, Echo 5 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Marge réservée aux acquisitions grevées d'une TVA non déductible ou dont le prix incorpore une TVA acquittée en amont (reprise de CJUE, 30 septembre 2021, Icade Promotion, C-299/20) CE, 12 mai 2022, n° 416727, Icade Promotion, points 5 à 7 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Immeuble inscrit en stock affecté à la location : assimilation à une immobilisation pour la TVA BOI-RES-TVA-000156, version du 10 décembre 2025 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Transfert des dispositions relatives à la TVA au CIBS reporté au 1er janvier 2027 Ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026 (rapport au Président de la République) (consulté le 21 septembre 2026)
  • Taux normal de la TVA de 20 % (texte applicable jusqu'au transfert au CIBS, reporté au 1er janvier 2027) CGI, art. 278, version du 1 janvier 2014 (consulté le 21 septembre 2026)
  • Cotisations des travailleurs indépendants non agricoles assises sur leur revenu d'activité (assiette de l'article L. 136-3) CSS, art. L. 131-6, version du 28 décembre 2023 (consulté le 21 septembre 2026)

Contenu publié sous la responsabilité d'ADVY PARTNERS, société d'expertise comptable. Mis à jour le 21 septembre 2026.

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Fayssal Amghar, expert-comptable diplômé

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